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- Un démarrage étalé sur trois phases
- Vingt-et-un validateurs, dont plusieurs studios de premier plan
- Le pari des frais nuls pour le joueur
- Vingt millions levés, un jeton toujours absent des plateformes
- Des projections de marché à lire avec des pincettes
- Ce que la présence des grands studios engage réellement
Voir Sega, Ubisoft et Bandai Namco figurer côte à côte parmi les validateurs d’une blockchain n’est pas un spectacle courant. C’est pourtant ce que propose Oasys depuis le démarrage de son réseau principal, le 25 octobre 2022. Le projet, lancé en février de la même année, se présente comme une chaîne compatible avec la machine virtuelle Ethereum et taillée pour le jeu vidéo.
Un réseau principal, ou mainnet, désigne la version de production d’une blockchain, celle qui traite de vraies transactions avec de vrais jetons, par opposition aux réseaux de test. Son ouverture marque la fin de la phase de laboratoire. Le sujet dépasse le seul terrain technique : il touche à la façon dont l’industrie du divertissement aborde la propriété numérique et les économies internes aux jeux. Des studios installés acceptent ici d’opérer eux-mêmes l’infrastructure, ce qui reste inhabituel. Que vaut vraiment cette caution industrielle ?
Un démarrage étalé sur trois phases
Contrairement à ce que suggère le mot lancement, Oasys n’a pas tout ouvert d’un coup. Le communiqué diffusé depuis Singapour décrit une mise en service découpée en trois étapes distinctes, chacune destinée à stabiliser une couche avant de passer à la suivante.
- le 25 octobre 2022, les vingt-et-un validateurs initiaux prennent en charge l’exploitation de tous les nœuds et vérifient la stabilité de la couche de base, appelée Hub-Layer ;
- autour du 8 novembre, la deuxième phase intègre la couche 2 du réseau, baptisée Verse-Layer, par-dessus l’architecture existante ;
- le 22 novembre, la troisième phase branche les composants destinés aux joueurs, dont le portail Oasys-Hub qui sert d’interface d’accès.
Ce séquençage en dit long sur la prudence des équipes. Une chaîne à deux couches sépare le règlement des transactions de leur exécution, ce qui permet d’absorber le volume propre aux jeux sans engorger la base. Le calendrier ne devient tenable qu’à ce prix, et un retard sur l’une des phases décalerait mécaniquement les suivantes.
Vingt-et-un validateurs, dont plusieurs studios de premier plan
La liste des validateurs constitue l’argument commercial principal du projet. Square Enix, Sega, Ubisoft, Bandai Namco Research et Netmarble y côtoient des acteurs nés du Web3 comme ConsenSys, tofuNFT ou Yield Guild Games. Vingt-et-une entreprises se partagent la validation des blocs, ce qui reste un ensemble volontairement restreint.
Le mécanisme retenu repose sur la preuve d’enjeu, présentée comme un choix écologique face aux chaînes fonctionnant par preuve de travail. La sélection des validateurs, elle, n’a rien d’ouvert : elle procède de partenariats négociés en amont, pendant l’année qui a précédé le lancement.
Le lancement intervient après un audit de code mené par Quantstamp, cabinet de sécurité qui compte Ethereum, Solana, Cardano et Near parmi ses clients. Cette validation externe ne garantit pas l’absence de faille, mais elle constitue le minimum attendu avant d’ouvrir un réseau au public.
L’ouverture du réseau principal est une avancée significative vers la création d’une blockchain de jeu pleinement fonctionnelle et dirigée par le public, qui transformera l’avenir du jeu vidéo et apportera une valeur considérable aux joueurs comme aux développeurs.
Daiki Moriyama, directeur d’Oasys, communiqué de lancement du réseau principal diffusé depuis Singapour le 25 octobre 2022
Le pari des frais nuls pour le joueur
Oasys promet des transactions rapides et sans frais de gaz pour l’utilisateur final. La promesse répond à un blocage bien identifié : demander à un joueur de payer quelques centimes à chaque action en jeu suffit à ruiner l’expérience, et cette friction a coulé nombre de projets de jeux blockchain avant même leur sortie.
Le modèle reporte le coût sur les studios qui déploient leur propre Verse-Layer, plutôt que sur les joueurs. La logique se tient économiquement, à condition que le volume de transactions reste soutenable pour ceux qui le financent. C’est précisément le genre de paramètre qu’il faut examiner avant de juger un projet, au même titre que les critères habituels d’évaluation d’une nouvelle chaîne.
Vingt millions levés, un jeton toujours absent des plateformes
Oasys a réuni 20 millions de dollars lors d’une vente privée de jetons menée en juillet 2022, avec la participation de Republic Capital, Jump Crypto, Crypto.com, Huobi, Kucoin, Gate.io, Bitbank et Mirana Ventures. Le tour de table mélange fonds spécialisés et plateformes d’échange, configuration classique dans le secteur.
Le jeton du projet n’était toutefois pas accessible aux investisseurs particuliers au moment du lancement. L’entreprise présentait l’ouverture du réseau comme l’étape précédant une cotation publique, sans en préciser la date. Cette séquence mérite attention : un actif détenu par des investisseurs privés avant toute cotation arrive sur le marché avec une structure de détention très concentrée, paramètre que les logiques d’économie à jeton unique dans les jeux blockchain ont déjà mis en lumière.
Des projections de marché à lire avec des pincettes
Le secteur du gamefi, contraction désignant la rencontre entre le jeu et la finance décentralisée, était valorisé autour de 8 milliards de dollars fin 2022 selon les estimations relayées par le portail spécialisé gamefi.org, avec une projection dépassant 50 milliards à l’horizon 2025. Un facteur six en trois ans suppose une adoption qui reste largement à démontrer.
Les capitaux, eux, ont bien afflué pendant la période précédente. Animoca Brands avait par exemple levé 358 millions de dollars pour ses projets Web3 en janvier 2022. L’argent disponible n’a jamais été le facteur limitant du secteur.
Le facteur limitant reste le joueur. Aucun titre issu de cette vague n’a réuni une audience comparable à celle des jeux traditionnels, et les mécaniques de gain financier attirent davantage les spéculateurs que les amateurs de jeu. Le pari d’Oasys consiste à inverser cet ordre en partant de studios qui savent déjà fabriquer des jeux plaisants.
Ce que la présence des grands studios engage réellement
Valider des blocs et publier un jeu sont deux engagements de nature très différente. Un studio qui opère un nœud consacre quelques ressources techniques à un partenariat ; un studio qui sort un titre y consacre des années de production et sa réputation auprès des joueurs. La distance entre les deux explique la prudence observée dans les annonces de l’époque, souvent formulées au conditionnel.
La suite se jouera sur les titres eux-mêmes, pas sur les communiqués. Un jeu qui trouve son public sans que la mécanique financière ne prenne le pas sur le plaisir de jouer changerait la conversation ; à défaut, l’infrastructure la plus soignée reste une route sans voitures. Les mois qui suivent le déploiement complet du réseau diront lequel des deux scénarios se dessine.

