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Lancé en fanfare deux jours avant l’investiture de janvier 2025, le memecoin TRUMP laisse derrière lui une addition vertigineuse. D’après un rapport de la société d’analyse on-chain Nansen, relayé par le New York Times, 988 905 portefeuilles ont perdu de l’argent sur le jeton, pour un total de 3,81 milliards de dollars.
Un memecoin est un jeton sans fonction technique particulière, dont la valeur repose sur une notoriété, une blague ou un effet de mode. Le TRUMP en aura été l’illustration la plus spectaculaire, porté par le nom du président américain lui-même. Comment un actif monté à 75,35 dollars a-t-il pu effacer 97 % de sa valeur en dix-huit mois, et que dit cette trajectoire du segment tout entier ?
Du sommet de janvier 2025 au plancher actuel
Au plus fort de l’euphorie, dans les jours qui ont suivi son lancement, le jeton s’échangeait à 75,35 dollars. Il vaut aujourd’hui environ 1,76 dollar. Retrouver son sommet supposerait une multiplication par plus de quarante, un scénario que plus personne ne défend sérieusement.
Le lancement avait pourtant tout d’un événement. Dévoilé le 17 janvier 2025, deux jours avant la cérémonie d’investiture, le jeton avait atteint plusieurs milliards de dollars de capitalisation en quelques heures, saturant d’ordres les plateformes d’échange. Moins de deux semaines plus tard, le cours amorçait une glissade quasi ininterrompue, à peine ponctuée de rebonds techniques.
La chronologie éclaire la mécanique. L’essentiel des achats s’est concentré après l’emballement médiatique des premières semaines, au moment où les prix flirtaient avec leurs plus hauts. Les vendeurs de la première heure ont trouvé en face d’eux des particuliers entrés au pire moment, qui portent aujourd’hui la quasi-totalité des pertes.
Le bilan dressé par Nansen en chiffres
L’étude de Nansen met des ordres de grandeur précis sur ce que le jeton a coûté à ses détenteurs. Les principaux enseignements tiennent en quelques lignes.
- 988 905 portefeuilles ressortent en perte, pour 3,81 milliards de dollars au total ;
- 66 % des acheteurs ont perdu de l’argent, avec une perte moyenne de 3 857 dollars par portefeuille ;
- moins de 10 % des acheteurs ont dégagé un gain sur leur position ;
- Donald Trump et son entourage ont encaissé environ 636 millions de dollars via les ventes et les frais associés au jeton.
Le contraste entre la première et la dernière ligne résume l’affaire. La valeur n’a pas disparu pour tout le monde : elle a changé de mains, des derniers arrivés vers les initiateurs du projet et une poignée de vendeurs précoces.
Un président qui assume sans trembler
Interrogé le 2 juillet sur CNBC par le journaliste Joe Kernen, Donald Trump a balayé les critiques, assurant n’avoir « rien fait d’illégal ». Sa déclaration de patrimoine publiée fin juin fait état de plus de 1,4 milliard de dollars de revenus liés aux cryptomonnaies pour la seule année 2025, dont environ 635 millions tirés du memecoin à son nom.
Je profite parce que la Bourse monte. Tout le monde en profite.
Donald Trump, entretien avec Joe Kernen sur CNBC, 2 juillet 2026
La formule fait bondir une partie de Washington. Les gains crypto du clan Trump alimentent depuis plusieurs jours le débat sur les conflits d’intérêts, la même administration assouplissant les règles du secteur dont profite directement la famille présidentielle.
WLFI, BIDEN : la même partition se rejoue
Le TRUMP n’a d’ailleurs rien d’un cas isolé. Le WLFI, jeton lié à World Liberty Financial, affiche 85 % d’acheteurs perdants, tandis que le memecoin BIDEN a dévissé de 99 % depuis son pic, avec 96 % d’investisseurs dans le rouge, toujours selon les données de Nansen.
La famille présidentielle elle-même fournit un troisième exemple. Le MELANIA, jeton lancé le 19 janvier 2025 au nom de la Première dame, a perdu près de 99 % de sa valeur depuis l’investiture, au point de ne plus figurer comme ligne de revenu significative dans la déclaration de patrimoine du couple.
La répétition du schéma interpelle davantage que chaque cas particulier. Un jeton adossé à une personnalité concentre l’attention le temps d’un cycle médiatique, puis s’éteint quand cette attention se déplace : aucun flux d’usage ne vient soutenir le prix une fois l’effet de nouveauté dissipé.
Une mécanique que le marché connaît par cœur
Le scénario avait été observé en modèle réduit dès le mois dernier, quand la correction de juin avait mis à nu la fragilité structurelle du segment. Les volumes se concentrent sur quelques semaines, la liquidité s’évapore ensuite, et les cours s’effondrent sans acheteur en face au premier retournement de sentiment.
Le contraste avec les grands réseaux est frappant. Pendant que le TRUMP touchait ses plus bas, le bitcoin rebondissait autour de 62 000 dollars et Solana gagnait environ 15 % sur un mois, portée par ses usages réels. La différence entre détention patiente et pari sur l’attention renvoie à la frontière entre détenteurs et spéculateurs : les réseaux qui produisent de l’usage traversent les cycles, quand les jetons d’attention les subissent de plein fouet, sans amortisseur.
Ce que l’épisode dit de la valeur des jetons
L’affaire TRUMP fournit un critère de lecture simple pour trier un marché encombré : se demander ce qui reste d’un actif quand plus personne n’en parle. Un réseau qui règle des transactions, sécurise des contrats ou héberge des applications conserve une activité mesurable indépendante de sa notoriété ; un jeton de pur récit n’a que son récit, et 3,81 milliards de dollars viennent d’en chiffrer le prix.
Le dossier rebondit désormais sur le terrain institutionnel, où le débat sur l’encadrement de ces jetons ne fait que commencer à Washington. Les chiffres de Nansen resteront, eux, comme l’un des bilans les plus documentés jamais dressés sur ce que coûte un cycle de memecoin à ceux qui y entrent en dernier.

