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- Une succession réglée en quelques jours
- Le passif budgétaire laissé par le mini-budget
- Ce que le Trésor de Sunak avait déjà lancé
- Un dossier qui risque d’attendre son tour
- Le soupçon de la monnaie numérique de banque centrale
- Une réaction de marché mesurée
- Une stratégie qui devra survivre au prochain remaniement
Sept semaines. C’est le temps qu’aura tenu Liz Truss avant d’annoncer sa démission, le 20 octobre 2022, et c’est l’intervalle au terme duquel le Royaume-Uni s’est donné, le 24 octobre, un deuxième chef de gouvernement réputé favorable aux actifs numériques. Rishi Sunak, ancien chancelier de l’Échiquier de Boris Johnson, prend Downing Street après le retrait de son ancien patron et de la cheffe de la Chambre des communes, Penny Mordaunt. Aucun vote des militants conservateurs n’aura été nécessaire.
Un crypto-hub, dans le vocabulaire de Whitehall, désigne un pays qui organise juridiquement l’accueil des émetteurs de jetons, des plateformes d’échange et des gestionnaires d’actifs numériques plutôt que de les repousser vers d’autres juridictions. Londres poursuit cet objectif depuis le printemps 2022, avec un calendrier qui n’a cessé de glisser au rythme des crises politiques. Trois locataires du 10 Downing Street en un an ne facilitent pas la construction d’un cadre réglementaire.
La particularité du moment tient à l’identité du nouvel arrivant. Sunak n’est pas un converti de dernière minute au sujet : il en est l’architecte, puisque le plan britannique de 2022 porte sa signature de ministre des Finances. Un promoteur revenu aux affaires garantit-il pour autant que le dossier avance ?
Une succession réglée en quelques jours
Le scénario s’est déroulé sans campagne. Après l’annonce de Truss, deux candidats sérieux se sont retirés en quarante-huit heures, laissant l’ancien chancelier seul en lice. Sunak a grandi à Southampton, dans une famille dont les grands-parents avaient émigré d’Afrique de l’Est vers le Royaume-Uni. Son premier message public après la victoire a porté sur la méthode plutôt que sur le programme, signe d’un début de mandat placé sous le signe de la réparation.
Je m’engage à apporter l’intégrité, le professionnalisme et la responsabilité à tous les niveaux du gouvernement que je dirigerai.
Rishi Sunak, première déclaration publique après sa désignation comme chef du Parti conservateur, Londres, 24 octobre 2022
Sa démission du Trésor en juillet 2022 avait précipité la chute de Boris Johnson. Trois mois plus tard, l’homme qui avait claqué la porte revient par le haut, avec un mandat implicite : rassurer les marchés obligataires avant toute autre chose.
Le passif budgétaire laissé par le mini-budget
L’épisode Truss restera dans les manuels. Son chancelier Kwasi Kwarteng avait présenté fin septembre un mini-budget comportant des baisses d’impôts non financées, sans évaluation indépendante. Les marchés obligataires et la livre sterling ont décroché dans la foulée, entraînant les fonds de pension britanniques dans une spirale d’appels de marge.
La Banque d’Angleterre a dû intervenir en urgence sur le marché des gilts pour éviter une liquidation en chaîne. Truss a ensuite remplacé Kwarteng par Jeremy Hunt, qui a détricoté l’essentiel du plan. Le coût politique de l’opération a été total pour la Première ministre, incapable de survivre à la défiance de sa propre majorité.
Sunak hérite donc d’un pays où la crédibilité budgétaire est redevenue la variable décisive. Ce contexte pèse mécaniquement sur les autres chantiers, y compris celui des actifs numériques, dont l’urgence se mesure difficilement face à une facture énergétique et à une inflation à deux chiffres.
Ce que le Trésor de Sunak avait déjà lancé
Le bilan du nouveau Premier ministre sur le sujet ne se résume pas à des déclarations d’intention. Entre avril et juillet 2022, son ministère a engagé plusieurs chantiers réglementaires concrets, dont la plupart étaient encore ouverts au moment de sa prise de fonctions.
- une commande passée à la Royal Mint en avril 2022 pour frapper un jeton non fongible officiel, geste symbolique assumé comme tel ;
- une proposition d’ouvrir les paiements en stablecoins aux particuliers britanniques ;
- un groupe de liaison réunissant dirigeants du secteur et régulateurs, annoncé avec le secrétaire au Trésor John Glen ;
- des sprints réglementaires destinés à faire remonter l’avis du secteur privé jusqu’à la Financial Conduct Authority ;
- un travail juridique sur le statut des organisations autonomes décentralisées.
Cette feuille de route avait été présentée comme un plan complet destiné à attirer les acteurs du secteur au printemps 2022. Elle n’a jamais fait l’unanimité : le président de la FCA avait mis en garde contre une réglementation précipitée dès le mois de mai. Le régulateur et le Trésor n’avancent pas au même rythme, et rien n’indique que le changement de Premier ministre y change quoi que ce soit.
Un dossier qui risque d’attendre son tour
La boîte de réception du nouveau chef de gouvernement déborde. Hausse des prix de l’énergie, trou dans les finances publiques, inflation élevée, constitution d’un cabinet, cérémonie de passation avec le souverain : la crypto n’y figure pas en tête de liste. Jeremy Hunt devait présenter son plan économique à moyen terme le 31 octobre 2022, échéance qui a occupé l’essentiel de l’attention des marchés.
Hunt, que Sunak devait conserver à l’Échiquier pour cause de convergence doctrinale, ne s’est jamais exprimé publiquement sur les actifs numériques. Il pilotait pourtant le projet de loi sur les services et marchés financiers, texte qui contient le volet britannique sur l’encadrement des stablecoins, travaillé au Trésor depuis le printemps 2022.
Le soupçon de la monnaie numérique de banque centrale
L’accueil réservé à la nomination dans le secteur a été loin d’être unanime. Plusieurs voix du milieu ont fait remarquer que Sunak parle volontiers de crypto sans jamais prononcer le mot bitcoin, et qu’il défend surtout un projet de livre numérique de banque centrale. La nuance sépare deux visions difficilement conciliables de la monnaie programmable.
Le reproche est constant depuis 2021 : une monnaie numérique de banque centrale offre au régulateur une visibilité totale sur les paiements, là où un actif décentralisé s’y refuse par construction. Les détracteurs les plus virulents y voient une extension du contrôle administratif déguisée en modernisation technologique.
D’autres commentateurs ont défendu l’idée qu’un plan cohérent valait mieux qu’un enthousiasme sans contenu, et rappelé que la stratégie de 2022 avait été mise en pause par les affaires politiques du gouvernement Johnson plutôt que par un désaveu de fond. Le désaccord porte moins sur la personne que sur la définition du mot crypto employé par les responsables publics.
Une réaction de marché mesurée
Les prix, eux, ont réagi sobrement. Les prix des gilts à dix ans ont progressé après l’annonce, la livre sterling a gagné 0,9 % sur la séance du 24 octobre, et les actifs numériques ont à peine bougé : le bitcoin progressait de 0,4 % sur vingt-quatre heures, l’ether de 1,7 %.
Ces variations disent l’essentiel. Un changement de Premier ministre pèse d’abord sur la dette souveraine et sur la devise du pays concerné, pas sur des marchés mondiaux qui cotent en continu et sans frontière. La politique britannique reste une variable locale pour un investisseur en actifs numériques, aussi favorable soit le discours officiel.
Une stratégie qui devra survivre au prochain remaniement
Le vrai test ne portera pas sur les intentions affichées mais sur la capacité du Royaume-Uni à faire aboutir un texte au terme d’un parcours parlementaire complet. Trois gouvernements en un an ont montré la fragilité d’une stratégie sectorielle adossée à la présence d’un ministre convaincu, plutôt qu’à un consensus institutionnel durable.
La comparaison avec l’Union européenne éclaire l’écart de méthode. Bruxelles avançait au même moment sur un règlement unique négocié entre vingt-sept États, insensible aux alternances nationales. Ce que Londres gagne en agilité, il le perd en stabilité, et les émetteurs qui choisissent une juridiction regardent d’abord la seconde.

