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- Ce que Nicholas a reconnu devant la justice fédérale
- Un robot de trading qui n’a jamais existé
- Les signaux que les investisseurs ont laissés passer
- Trois hommes, trois autorités, une même journée d’inculpation
- Le rendement quotidien garanti, marque de fabrique des montages frauduleux
- Ce que la chute d’EmpiresX laisse aux régulateurs
Un système de Ponzi ne produit aucun rendement : il paie les anciens investisseurs avec l’argent des nouveaux, jusqu’au jour où les entrées ne couvrent plus les sorties. EmpiresX, plate-forme d’investissement crypto installée dans le sud de la Floride, en offre une illustration presque scolaire. Environ 100 millions de dollars collectés auprès d’investisseurs, un robot de trading vanté comme le cœur du dispositif, et rien derrière.
Le ministère américain de la Justice a annoncé le 8 septembre 2022 que Joshua David Nicholas, présenté comme le négociant en chef de la société, avait plaidé coupable. L’homme reconnaît un chef de complot en vue de commettre une fraude en valeurs mobilières et encourt une peine maximale de cinq ans de prison, la juridiction fédérale devant encore fixer la sanction.
L’affaire dépasse le fait divers judiciaire. Elle éclaire le mécanisme par lequel une promesse chiffrée, répétée assez souvent, finit par tenir lieu de preuve auprès de milliers de particuliers. Comment un robot inexistant a-t-il pu convaincre pendant près de deux ans ?
Ce que Nicholas a reconnu devant la justice fédérale
Âgé de 28 ans et domicilié à Stuart, en Floride, Nicholas portait le titre de head trader chez EmpiresX. Selon les pièces versées au dossier, il a admis avoir participé, avec d’autres, à la promotion frauduleuse de la plate-forme, en multipliant les déclarations mensongères sur un robot propriétaire et sur des rendements présentés comme garantis.
Le communiqué du ministère de la Justice, référencé 22-951, précise la mécanique reconnue : EmpiresX payait les investisseurs entrés tôt avec les fonds apportés par les suivants. La société n’a par ailleurs jamais enregistré son programme auprès du régulateur boursier américain, ni engagé la moindre démarche en ce sens, et ne bénéficiait d’aucune dispense.
Un robot de trading qui n’a jamais existé
L’argument commercial reposait sur un chiffre unique et facile à retenir : 1 % de profit par jour, obtenu soit par un algorithme mêlant intelligence artificielle et intelligence humaine, soit par les positions prises à la main par Nicholas. La plainte déposée par la Securities and Exchange Commission le 30 juin 2022 démonte les deux jambes de l’argument. Le robot était factice, et le trading manuel a produit des pertes substantielles.
Plus révélateur encore, les défendeurs n’auraient transféré qu’une petite fraction des fonds des investisseurs sur le compte de courtage de la société. Le reste a servi à louer une Lamborghini, à faire des achats chez Tiffany & Co. et à financer un paiement sur une résidence secondaire, d’après le régulateur, qui évalue à au moins 40 millions de dollars les sommes levées sur le volet relevant de sa compétence.
Les défendeurs se sont livrés à une offre non enregistrée, assortie d’une cascade de déclarations frauduleuses destinées à attirer les investisseurs avec la perspective de profits quotidiens réguliers.
Carolyn Welshhans, cheffe par intérim de l’unité Actifs numériques et cyber de la division application de la SEC, communiqué de presse 2022-119 du 30 juin 2022
Les signaux que les investisseurs ont laissés passer
Rétrospectivement, le dossier accumule les avertissements que n’importe quelle vérification élémentaire aurait fait remonter. Voici ce que les documents des deux régulateurs mettent en évidence :
- un rendement affiché de 1 % par jour, soit un doublement du capital en moins de trois mois, promesse qu’aucun gérant régulé n’ose formuler ;
- une affirmation selon laquelle EmpiresX aurait déposé un dossier auprès de la SEC pour s’enregistrer comme fonds spéculatif, ce qui était faux ;
- un négociant en chef vendu comme professionnel agréé, alors qu’il avait été suspendu par la National Futures Association pour détournement de fonds de clients ;
- des retraits soudainement bloqués quand le montage a commencé à céder, en contradiction avec les promesses de liquidité ;
- des dépenses somptuaires financées par la trésorerie, sans lien avec une activité de gestion.
La suspension par l’autorité américaine des marchés à terme constitue le signal le plus accablant, parce qu’elle était consultable publiquement avant le premier versement. Le motif de cette suspension portait déjà sur un détournement de fonds de clients.
Les fondateurs, les Brésiliens Emerson Sousa Pires et Flavio Mendes Goncalves, auraient entamé le démantèlement des opérations dès le début de 2022, avant de quitter le territoire américain. Le ministère de la Justice les a inculpés en juin de complot en vue de commettre une fraude électronique et une fraude en valeurs mobilières, ainsi que de complot de blanchiment d’argent international via une plate-forme d’échange établie à l’étranger.
Trois hommes, trois autorités, une même journée d’inculpation
Le 30 juin 2022, trois agences fédérales ont agi de concert sur le même dossier, chacune sur son terrain de compétence. Le tableau ci-dessous récapitule qui poursuit qui, et où en était chacun à la mi-septembre :
| Personne | Rôle chez EmpiresX | Poursuites engagées | Situation en septembre 2022 |
|---|---|---|---|
| Joshua David Nicholas | Négociant en chef | Ministère de la Justice, SEC, CFTC | A plaidé coupable le 8 septembre |
| Emerson Sousa Pires | Cofondateur | Ministère de la Justice, SEC, CFTC | Inculpé, hors des États-Unis |
| Flavio Mendes Goncalves | Cofondateur | Ministère de la Justice, SEC, CFTC | Inculpé, hors des États-Unis |
| Empires Consulting Corp. | Société support | SEC, CFTC | Opérations liquidées |
La SEC réclame des injonctions, la restitution des gains mal acquis, des sanctions civiles et une interdiction d’exercer des fonctions de dirigeant contre les deux fondateurs. Ces demandes se règlent au civil et n’éteignent en rien le volet pénal.
Le ministère de la Justice invite par ailleurs les victimes à se déclarer sur une page dédiée à l’application du droit dans le secteur des cryptomonnaies, avec la possibilité de déposer une déclaration d’impact. Les procédures d’indemnisation aboutissent rarement au remboursement intégral, ce que les dossiers antérieurs de fraude à l’investissement confirment sans exception.
Le rendement quotidien garanti, marque de fabrique des montages frauduleux
EmpiresX n’invente rien. Le schéma suit à la lettre celui de l’affaire jugée à San Diego au printemps, où un rendement quotidien vantait déjà un algorithme propriétaire jamais audité. Quatre mois avant le plaidoyer de Nicholas, la justice américaine inculpait le dirigeant de une plate-forme de minage à 62 millions de dollars sur des bases très comparables. Le vocabulaire change, la promesse reste identique.
Le point commun de ces dossiers n’est pas la cryptomonnaie. C’est l’absence d’enregistrement, qui prive l’investisseur de tout document vérifiable : pas de prospectus, pas de comptes audités, pas de dépositaire tiers. La question de savoir quels jetons relèvent du droit boursier reste débattue, mais un produit vendu comme un rendement garanti tombe sans discussion sous le régime des valeurs mobilières.
Une nuance mérite d’être posée. Confondre la fraude de l’intermédiaire avec un défaut de la technologie serait commode et faux : le débat sur la nature pyramidale de la crypto se nourrit précisément de cette confusion. EmpiresX ne reposait sur aucun protocole, seulement sur un tableau de bord et des virements bancaires.
Ce que la chute d’EmpiresX laisse aux régulateurs
La coordination affichée entre le ministère de la Justice, la SEC et l’autorité des marchés à terme dessine la méthode que les agences américaines appliqueront aux dossiers suivants : une action pénale, une action civile et un volet dérivés lancés le même jour, sur les mêmes faits. La fraude à l’investissement est traitée comme une fraude classique, sans régime d’exception lié à l’actif concerné.
Reste la part que la réglementation ne couvrira jamais. Un rendement quotidien garanti est une impossibilité arithmétique avant d’être une infraction, et aucune autorité ne peut se substituer à cette vérification de dix secondes. Les 100 millions de dollars d’EmpiresX mesurent le coût de ce raccourci, dans un secteur où la vitesse de décision est devenue un argument de vente.

