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BlackRock a lancé le 27 septembre 2022 un fonds indiciel coté baptisé iShares Blockchain Technology UCITS ETF, réservé aux marchés européens et négocié sur Euronext sous le code BLKC. Un ETF de ce type est un panier d’actions qui réplique un indice, ici le FactSet Global Blockchain Technologies Capped Index du NYSE, et qui s’achète comme n’importe quelle action de bourse. Le premier gestionnaire d’actifs mondial ouvre ainsi à ses clients européens une porte d’entrée vers l’industrie de la blockchain.
La nuance a l’air technique, elle est décisive pour qui investit sur dix ans. Ce fonds ne détient aucun bitcoin, aucun ether, aucun jeton : il détient des actions d’entreprises qui vivent de la blockchain, ce qui expose au secteur sans exposer aux actifs eux-mêmes. Faut-il y voir un substitut à une ligne crypto en portefeuille, ou un produit qui répond à une tout autre question ?
Ce que contient réellement le panier BLKC
La composition du fonds, arrêtée au 28 septembre 2022, tient en cinquante lignes dont trente-cinq sociétés cotées à travers le monde, le reste étant constitué de liquidités en dollars et d’instruments dérivés. Les cinq premières positions concentrent à elles seules près de six dixièmes de l’actif total.
- Coinbase, plateforme d’échange américaine, à 13,20 % ;
- Liquidités libellées en dollars, à 13,00 % ;
- Block, société de paiement fondée par Jack Dorsey, à 11,40 % ;
- Marathon Digital Holdings, minage de bitcoin, à 11,13 % ;
- Riot Blockchain, minage également, à 10,50 %.
Le reste se répartit entre vingt-trois sociétés informatiques, six financières, une industrielle et une dans les télécommunications. Selon la répartition annoncée par le gestionnaire, 75 % de l’exposition vient d’entreprises dont l’activité principale relève de la blockchain, mineurs et plateformes en tête, les 25 % restants revenant à celles qui alimentent l’écosystème sans en dépendre entièrement.
Ce profil de concentration mérite qu’on s’y arrête. Trois lignes sur cinq sont adossées au cours du bitcoin, par le minage ou par les volumes d’échange, ce qui rend le fonds bien plus corrélé au marché crypto que son intitulé technologique ne le laisse deviner.
Un fonds d’actions, pas une exposition au bitcoin
Le produit n’investit pas directement en crypto-monnaies, et cette limite n’est pas un oubli de conception. Le format UCITS, celui qui protège l’épargne des particuliers européens en imposant diversification et liquidité, n’admet pas la détention directe de crypto-actifs dans un fonds coordonné. Chercher à s’exposer à la crypto sans en détenir passe donc, ici, par des actions cotées.
Les conséquences pour le porteur sont concrètes. Il subit à la fois le risque sectoriel, quand les volumes d’échange s’effondrent et que les mineurs vendent à perte, et le risque actions classique, à savoir dilution du capital, endettement, qualité d’exécution des dirigeants. Deux couches de risque empilées pour une exposition indirecte, là où l’achat en direct n’en porte qu’une.
Le raisonnement inverse tient aussi. Une action se loge dans une enveloppe fiscale existante, se déclare simplement et se transmet sans manipulation de clés privées, ce que recherchent des investisseurs institutionnels européens auxquels leur mandat interdit la détention de jetons en direct. Le fonds répond à une contrainte réglementaire avant de répondre à une conviction de marché.
Une accélération continue depuis le mois d’août
Le lancement de BLKC n’est pas un geste isolé. Le 4 août 2022, le gestionnaire annonçait un partenariat avec Coinbase donnant à ses clients institutionnels un accès aux crypto-actifs par le service Coinbase Prime, avant d’ouvrir le 11 août une fiducie privée investie en bitcoin au comptant pour cette même clientèle américaine. Sept semaines séparent ces annonces du lancement européen.
La séquence dessine une méthode : tester un canal institutionnel aux États-Unis, puis exporter en Europe une version compatible avec le droit local. Le stratège produit de la maison a accompagné ce lancement d’une formule qui vaut feuille de route, et qui explique pourquoi le sujet n’est plus traité comme une curiosité chez les grands gérants.
Nous pensons que les actifs numériques et les technologies de blockchain vont devenir de plus en plus pertinents pour nos clients, à mesure que les cas d’usage gagnent en portée, en échelle et en complexité.
Omar Moufti, stratège produit chez BlackRock pour les ETF thématiques et sectoriels, dans la communication accompagnant le lancement du fonds, le 29 septembre 2022
De la défiance de 2017 au fonds de 2022
Le contraste avec la position affichée cinq ans plus tôt saute aux yeux. En 2017, le directeur général de BlackRock, Larry Fink, décrivait le bitcoin comme un indicateur de blanchiment d’argent, formule qui résumait à elle seule la défiance de la finance traditionnelle envers le secteur. Le même groupe distribue désormais un fonds dont deux lignes industrielles sont des mineurs de bitcoin, pour 21,63 % de l’actif cumulé.
Ce revirement ne relève pas d’une conversion idéologique. Un gestionnaire de cette taille suit la demande de ses clients, et cette demande a changé entre le sommet de novembre 2021 et le marché baissier de 2022, période pendant laquelle les institutionnels ont cherché des véhicules encadrés plutôt que des comptes sur plateforme. La firme parie sur une croissance du secteur à long terme tout en gardant ses distances avec les jetons.
Pourquoi l’Europe reçoit ce produit maintenant
Le choix du marché européen s’explique par la mécanique réglementaire. Le format UCITS bénéficie d’un passeport de distribution valable dans l’ensemble des États membres, quand les États-Unis imposent une autorisation produit par produit et refusaient encore, à cette date, tout fonds coté adossé au bitcoin au comptant, n’autorisant que des montages dérivés comme un fonds inversé indexé sur le bitcoin.
Un précédent américain éclaire aussi ce calendrier. Selon un article de Bloomberg du 29 septembre 2022, le démarrage du précédent fonds blockchain de la maison outre-Atlantique, connu sous le code IBLC, avait été jugé poussif, ce qui déplace l’enjeu vers la collecte plutôt que vers le lancement lui-même. Un ETF thématique se juge sur ses encours, pas sur son communiqué d’ouverture.
Le même article évoquait un troisième produit à l’étude, l’iShares Future Metaverse Tech and Communications ETF, dont les frais et le code de cotation n’étaient pas encore publiés. Plateformes virtuelles, réseaux sociaux, jeu vidéo, actifs numériques et réalité augmentée y figuraient comme thèmes pressentis d’un troisième fonds thématique, dans la continuité d’une note interne de février 2022 qui qualifiait le métavers de révolution en cours.
Ce que ce lancement change pour un portefeuille de long terme
Un ETF blockchain ne remplace pas une ligne crypto, il occupe une place différente. Il apporte de la liquidité boursière, une valorisation quotidienne et une fiscalité connue, au prix d’une dépendance aux résultats d’entreprises cotées dont les marges se compriment dès que le marché baisse. Le porteur achète un secteur, pas un actif monétaire.
La question de fond se déplace donc ailleurs : combien de temps un produit indirect reste-t-il attractif si l’accès direct se normalise en Europe ? Le règlement européen sur les marchés de crypto-actifs, négocié cette même année, ouvre la perspective d’un cadre unifié où la détention encadrée deviendrait accessible aux gérants professionnels. Les arbitrages entre exposition directe et exposition boursière se rejoueront à ce moment-là.

