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- Le solaire, porte d’entrée de la transition
- L’éolien et l’eau, les poids lourds du secteur
- Géothermie, marées, biomasse : les pistes émergentes
- Quand les mineurs deviennent fournisseurs d’énergie
- Le halving, aiguillon de la course à l’efficacité
- Ce que disent les chiffres les plus récents
- Une industrie jugée sur sa consommation
Le minage de Bitcoin consomme beaucoup d’électricité : environ 110 térawattheures par an à l’automne 2021 selon les estimations de l’université de Cambridge, soit l’équivalent de la consommation d’un petit pays. Une ferme de minage peut aligner des milliers de machines qui tournent jour et nuit, et la facture énergétique constitue le premier poste de coût des opérateurs.
La bonne nouvelle tient en une équation économique simple, puisque les sources d’électricité les moins chères sont aussi les plus propres : éolien, solaire et hydroélectricité coûtent désormais moins cher que le gaz ou le charbon. Quelles énergies renouvelables alimenteront donc les fermes de minage de demain ?
Le solaire, porte d’entrée de la transition
L’énergie solaire reste la plus accessible : des panneaux photovoltaïques faciles à installer et à entretenir, sans forage ni combustion. Son coût s’est effondré, avec une baisse de 82 % du prix de l’électricité photovoltaïque à grande échelle entre 2010 et 2019 d’après l’agence internationale IRENA.
Le secteur crypto s’en est emparé très tôt. Square et Blockstream ont annoncé en 2021 une installation de minage entièrement solaire de 5 millions de dollars, pensée comme une démonstration publique dont les données de production seraient consultables par tous.
Nous voulons montrer qu’une installation de minage renouvelable en conditions réelles est non seulement possible, mais aussi prouver empiriquement que Bitcoin accélère la transition vers un avenir durable.
Annonce conjointe de Square et Blockstream, juin 2021.
L’éolien et l’eau, les poids lourds du secteur
L’éolien produit une électricité à un ou deux cents le kilowattheure, avec des prix fixés sur de longues durées. Le Texas en tire plus de 20 % de son électricité, ce qui explique en partie la migration massive des mineurs vers cet État après l’interdiction du minage décidée par la Chine en 2021.
L’hydroélectricité offre de son côté une production régulière et bon marché, avec plus de 90 % de l’énergie captée convertie en électricité. Avant la répression chinoise, les fermes du Sichuan profitaient d’un réseau où jusqu’à 95 % du courant provenait des barrages pendant la saison des pluies.
Ces deux filières ont aussi leurs limites, l’intermittence pour l’éolien et la saisonnalité pour l’hydraulique, que les mineurs transforment paradoxalement en avantage. Une ferme peut consommer l’électricité excédentaire des heures creuses puis s’effacer quand la demande des ménages remonte, un rôle de tampon que peu d’industries savent jouer.
Géothermie, marées, biomasse : les pistes émergentes
Au-delà du trio dominant, trois filières plus discrètes intéressent les opérateurs en quête de courant stable :
- la géothermie, popularisée par l’invitation lancée aux mineurs par le président salvadorien Nayib Bukele autour de l’énergie des volcans, affichait environ 14 000 mégawatts de capacité installée en 2020 ;
- l’énergie marémotrice, encore confidentielle, progresse à mesure que les coûts baissent, la centrale sud-coréenne de Sihwa produisant déjà plus de 500 gigawattheures par an ;
- la valorisation des déchets et la biomasse, où la chaleur issue de la décomposition de matière organique entraîne des turbines, comme dans le projet de centrale annoncé par la société 4New.
Ces filières restent marginales dans le mix des mineurs, mais elles partagent un atout décisif : une production locale difficilement exportable que le minage peut absorber sur place.
Quand les mineurs deviennent fournisseurs d’énergie
Le rapport entre minage et réseau électrique ne va pas que dans un sens. Des opérateurs revendent leur surplus au réseau dans les périodes de pointe, et d’autres réutilisent la chaleur dégagée par les machines pour chauffer des serres, des industries locales ou des quartiers entiers.
Cette flexibilité fait des fermes de minage des consommateurs « effaçables », capables de s’interrompre en quelques secondes quand le réseau est sous tension. L’idée de valoriser un surplus électrique national par le minage fait d’ailleurs son chemin jusqu’en France, où le parc nucléaire produit parfois plus que la demande ne peut absorber.
Le halving, aiguillon de la course à l’efficacité
La pression économique s’accentue mécaniquement tous les quatre ans environ, puisque le protocole divise par deux la récompense versée aux mineurs tous les 210 000 blocs. Depuis le halving d’avril 2024, chaque bloc ne rapporte plus que 3,125 bitcoins contre 6,25 auparavant, ce qui comprime les marges des opérateurs les moins efficaces.
Cette contrainte pousse l’industrie vers des machines toujours plus sobres et vers les électrons les moins chers du marché. Un opérateur qui paie son électricité deux fois moins cher que la moyenne peut rester rentable là où ses concurrents éteignent leurs machines, et ce sont précisément les renouvelables excédentaires qui offrent ces tarifs plancher.
Ce que disent les chiffres les plus récents
Le paysage a nettement évolué depuis la rédaction de cet article invité. Le Cambridge Centre for Alternative Finance, qui estimait en 2020 que 76 % des mineurs intégraient déjà du renouvelable dans leur mix, a depuis documenté le franchissement du seuil des 53 % d’énergie bas-carbone dans l’alimentation du réseau, un basculement analysé dans notre article sur le virage bas-carbone du minage.
La concurrence pour l’électricité s’est aussi durcie, l’essor de l’intelligence artificielle transformant les sites de minage bien raccordés en actifs stratégiques, comme le montre la revalorisation décrite dans notre enquête sur les fermes convoitées à l’ère de l’IA.
Une industrie jugée sur sa consommation
Le débat énergétique restera le juge de paix du minage, car l’acceptabilité sociale du secteur dépend désormais autant de son bilan carbone que de la rentabilité de ses machines. Les opérateurs qui verrouillent des contrats d’électricité propre et bon marché prennent une longueur d’avance durable sur leurs concurrents.
Les données publiques restent pourtant incomplètes, car de nombreux opérateurs ne déclarent ni leur mix ni leur consommation réelle. La transparence deviendra un argument commercial autant qu’une exigence réglementaire, à mesure que les autorités s’intéressent de près à l’empreinte du secteur.
Cet article invité, signé Abdumalik Mirakhmedov, cofondateur de Genesis Digital Assets, reflète le point de vue d’un industriel du secteur, porté par la conviction que consommation d’énergie et avenir durable peuvent se renforcer mutuellement plutôt que s’opposer.

