Le couple du piratage de Bitfinex conclut un accord de plaidoyer

Heather Morgan et Ilya Lichtenstein ont négocié un accord de plaidoyer avec la justice américaine pour le blanchiment de bitcoins volés à Bitfinex en 2016. Une affaire qui a donné lieu à la plus grande saisie de cryptomonnaies jamais réalisée.

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La rappeuse américaine Heather Morgan, connue en ligne sous le nom de Razzlekhan, et son mari Ilya Lichtenstein ont conclu un accord de plaidoyer avec les procureurs américains, selon un document judiciaire consulté par l’agence Reuters. Le couple était poursuivi pour le blanchiment de cryptomonnaies volées lors du piratage de Bitfinex en 2016, un butin dont la valeur avait été estimée à 4,5 milliards de dollars au moment des poursuites.

Un accord de plaidoyer est une négociation par laquelle un prévenu reconnaît sa culpabilité, souvent en échange d’un allègement des charges ou de la peine. Cette affaire n’est pas seulement un fait divers spectaculaire : elle a donné lieu à la plus importante saisie financière jamais réalisée par la justice américaine. Comment un vol vieux de sept ans a-t-il fini par rattraper ceux qui pensaient avoir disparu dans les méandres de la blockchain ?

Un accord de plaidoyer sous l’œil de la justice

La procédure entrait dans une phase décisive. Le couple devait comparaître le 3 août 2023 devant la juge Colleen Kollar-Kotelly, à Washington, pour une audience de plaidoyer, étape qui scelle en général la reconnaissance de culpabilité négociée avec l’accusation.

Dans son acte d’accusation, le ministère de la Justice reprochait aux deux prévenus un complot en vue de blanchir de l’argent et un complot visant à frauder les États-Unis. Le premier chef est passible d’une peine maximale de vingt ans de prison, le second de cinq ans, une exposition pénale qui explique l’intérêt d’un accord pour limiter les risques d’un procès. L’accord, dont les termes précis restaient à valider par la juge, ouvrait la voie à une reconnaissance de culpabilité plutôt qu’à un long face-à-face judiciaire.

Le piratage de Bitfinex de 2016

Tout remonte à une brèche informatique restée célèbre. En août 2016, un pirate a détourné 119 754 bitcoins de la plateforme Bitfinex, au terme de plus de deux mille transactions non autorisées qui ont vidé les portefeuilles de la bourse vers une adresse contrôlée par les malfaiteurs.

La somme paraissait considérable à l’époque, avec une valeur d’environ 71 millions de dollars, mais l’envolée du cours a démultiplié l’enjeu : ces mêmes bitcoins valaient de l’ordre de 3,5 milliards de dollars quelques années plus tard. Lors de l’annonce des arrestations, la justice américaine avait tenu à marquer les esprits.

Ces arrestations, et la plus importante saisie financière jamais réalisée par le ministère, montrent que la cryptomonnaie n’est pas un refuge pour les criminels.

Lisa O. Monaco, procureure générale adjointe des États-Unis, communiqué du ministère de la Justice du 8 février 2022

Comment les fonds ont été blanchis

Le dossier détaille une mécanique de dissimulation méthodique plutôt qu’un simple transfert. Environ 25 000 bitcoins ont quitté le portefeuille d’origine au fil des ans, à travers un enchaînement d’opérations destinées à brouiller la piste avant que l’argent n’atterrisse sur des comptes contrôlés par le couple.

  • La création de faux comptes en ligne au moyen d’identités fictives ;
  • l’automatisation des virements par des programmes informatiques, pour multiplier les transactions en un temps réduit ;
  • le passage d’une cryptomonnaie à une autre, une technique dite de chain hopping qui casse la continuité du suivi ;
  • l’usage de comptes d’entreprise américains pour donner une apparence légitime aux flux bancaires.

Ces couches successives visaient à faire perdre la trace des fonds. Elles n’ont pourtant pas résisté aux techniques d’enquête déployées, qui rappellent celles employées dans l’affaire du piratage de la plateforme Mt. Gox.

La plus grande saisie financière de l’histoire

C’est l’accès aux clés privées qui a tout fait basculer. Les agents ont saisi plus de 94 000 bitcoins, valorisés à plus de 3,6 milliards de dollars au moment de la saisie, après avoir obtenu les fichiers permettant d’ouvrir le portefeuille qui avait directement reçu les fonds volés.

Cette opération a constitué la plus grande saisie de cryptomonnaies jamais réalisée par les autorités américaines. Elle illustre un basculement : la transparence de la blockchain, longtemps perçue comme un atout pour les fraudeurs, s’est retournée contre eux dès lors que les enquêteurs ont su relier une adresse à une identité réelle. Chaque bitcoin déplacé avait laissé une trace exploitable sur le registre public.

Bitfinex traque toujours les bitcoins volés

La plateforme, de son côté, n’a jamais cessé de récupérer des miettes du butin. Bitfinex a reçu 315 000 dollars en espèces et en cryptomonnaies du Département de la sécurité intérieure, après des saisies opérées par ses agents, une somme modeste au regard du vol initial mais symbolique de la traque en cours.

Ces restitutions s’ajoutent à des récupérations plus anciennes, comme 6,5 bitcoins rendus en 2021 grâce à un partenariat avec la plateforme Poloniex, ou 28 bitcoins restitués par le gouvernement américain début 2019. Un rapport de l’Organized Crime and Corruption Reporting Project a par ailleurs affirmé que la bourse n’avait jamais publié un document interne pointant ses failles de sécurité comme cause du piratage, une accusation que Bitfinex a rejetée en la jugeant factuellement incorrecte et en contestant tout lien de cause à effet. La plateforme s’était déjà retrouvée sous le feu des critiques lorsque des documents falsifiés lui avaient été reprochés avec Tether.

Ce que cette affaire dit de la traçabilité des cryptos

L’issue de ce dossier dépasse le sort d’un couple new-yorkais. Elle met en lumière la traçabilité inhérente à la blockchain, ce registre public où chaque transaction laisse une empreinte durable que des outils d’analyse de plus en plus fins savent exploiter.

Pour les délinquants, l’anonymat supposé des cryptomonnaies apparaît comme une illusion dès que les fonds doivent réintégrer le système financier classique. Le message que la justice a voulu faire passer, en frappant fort sur un vol emblématique, s’adresse à tous ceux qui verraient encore dans la chaîne de blocs une zone hors d’atteinte, à l’heure où les enquêtes financières s’appuient de plus en plus sur l’analyse de la chaîne, comme le montre l’histoire des plus grands piratages d’échanges.

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