FTX poursuit LayerZero, qui dénonce une plainte remplie d’allégations non fondées

Début septembre 2023, la faillite de FTX a poursuivi LayerZero Labs pour défaire des accords conclus avec Alameda en 2022 et récupérer des dizaines de millions de dollars. Son PDG Bryan Pellegrino conteste l'intégralité des allégations.

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Près d’un an après l’effondrement de FTX, ses liquidateurs continuent de tirer sur tout ce qui ressemble à un accord conclu à la hâte avant la chute. Début septembre 2023, c’est la start-up LayerZero Labs qui s’est retrouvée dans leur ligne de mire, visée par une plainte visant à récupérer des dizaines de millions de dollars.

Une action en récupération, ou clawback, permet à une faillite de réclamer des fonds ou des actifs transférés avant le dépôt de bilan lorsqu’ils sont jugés préférentiels ou frauduleux. Appliquée à l’univers crypto, cette procédure vise ici des transactions passées entre LayerZero et Alameda, la société sœur de FTX.

Le protocole d’interopérabilité a immédiatement contesté le bien-fondé de la démarche, par la voix de son cofondateur. Sur quoi repose vraiment ce litige, et pourquoi LayerZero le juge-t-il infondé ?

Une plainte pour défaire les accords de 2022

La succession FTX, dirigée par John Ray III, a déposé sa plainte pour annuler une série d’accords passés avec LayerZero juste avant la faillite de la plateforme. Selon les documents judiciaires, l’action cherche à défaire des opérations réalisées entre janvier et mai 2022 impliquant Alameda Ventures, la branche de capital-risque du fonds lié à FTX.

Le raisonnement de la faillite est le suivant : FTX étant déjà insolvable au moment des faits, les transferts qui ont suivi constitueraient une fraude et devraient être inversés. D’après les chiffres rapportés par le média The Block, l’ensemble représente environ 86 millions de dollars que la succession espère récupérer ou faire annuler.

Le cœur du litige : parts, prêt et jetons STG

Pour comprendre la bataille, il faut détailler les mouvements financiers que la faillite cherche à effacer. Ils s’articulent autour de trois opérations distinctes entre les deux camps.

  • Alameda Ventures a acquis environ 4,92 % de LayerZero pour plus de 70 millions de dollars, une participation ensuite valorisée autour de 150 millions ;
  • en février 2022, LayerZero avait accordé à Alameda un prêt de 45 millions de dollars à un taux annuel de 8 %, remboursé par la restitution des parts à l’automne ;
  • Alameda avait payé 25 millions de dollars pour 100 millions de jetons STG, que LayerZero comptait racheter le 9 novembre 2022 avec une décote, à 10 millions de dollars.

Ce dernier échange n’a jamais été finalisé : LayerZero n’a pas versé le paiement et Alameda n’a pas transféré les jetons. La faillite estime que la start-up a profité d’une crise de liquidité pour négocier une sortie de secours en pleine tourmente.

La riposte de Bryan Pellegrino

Le cofondateur et PDG de LayerZero Labs n’a pas tardé à répliquer publiquement. Dans une prise de parole sur le réseau X, il a rejeté l’intégralité des allégations et remis en cause le calendrier même de la procédure.

Concernant la plainte de FTX, l’ensemble de la plainte est rempli d’allégations non fondées.

Bryan Pellegrino, cofondateur et PDG de LayerZero Labs, publication sur X, 10 septembre 2023

Pellegrino a affirmé que sa société tentait depuis près d’un an de régler la question de la propriété des parts avec les liquidateurs, sans réponse de leur part. À ses yeux, l’objectif du dépôt tardif n’était pas de trancher le différend mais de prolonger la procédure pour gonfler les honoraires des équipes juridiques.

La question des retraits avant la faillite

Une part de la plainte porte sur des retraits opérés dans les 90 jours précédant le dépôt de bilan, notamment par Ari Litan, l’ancien directeur des opérations de LayerZero. La faillite y voit une information privilégiée sur l’état réel de FTX.

Pellegrino a balayé cette lecture avec des exemples concrets. Il a souligné avoir personnellement déposé des millions de dollars dans les semaines précédant la chute, dont un million dès le 7 novembre 2022, ce qui contredit l’idée d’une fuite organisée. Selon lui, la majorité des retraits servaient au fonctionnement courant de l’activité, en particulier au rééquilibrage des besoins en jetons pour ses relais entre blockchains.

La succession réclame par ailleurs des sommes précises : environ 21,37 millions de dollars à LayerZero Labs, 13,07 millions à Ari Litan et 6,65 millions à une filiale nommée Skip & Goose. La proximité entre les deux entreprises est également mise en avant, LayerZero ayant un temps été hébergé par FTX aux Bahamas.

Une offensive judiciaire tous azimuts de la faillite FTX

Le cas LayerZero s’inscrit dans une campagne bien plus large. Sous la direction de John Ray III, la faillite a multiplié les plaintes en récupération pour reprendre l’argent que les anciens dirigeants de FTX, autour de Sam Bankman-Fried et l’effondrement de novembre 2022, auraient dispersé sans retenue.

En juillet 2023, la succession avait déjà déposé une action pour tenter de récupérer plus de 320 millions de dollars versés dans l’acquisition d’une entreprise suisse devenue FTX Europe. Ces offensives complètent le travail de fond des liquidateurs, qui avaient retrouvé plusieurs milliards de dollars d’actifs au fil des mois.

Le rôle d’Alameda revient sans cesse dans ces dossiers, avec en toile de fond son ancienne dirigeante Caroline Ellison, qui a reconnu avoir participé à la fraude. Le litige avec LayerZero met en lumière la difficulté à démêler des accords noués dans l’urgence.

Ce que ce bras de fer révèle

Au-delà des montants, l’affaire pose une question devenue centrale dans les faillites crypto : à partir de quand un accord commercial banal se transforme-t-il en transfert préférentiel condamnable ? La réponse départagera des dizaines de dossiers similaires visant des partenaires de FTX.

Pour les entreprises qui avaient traité avec Alameda, l’enjeu est de démontrer qu’elles ignoraient l’insolvabilité de leur contrepartie au moment des faits. C’est précisément le terrain sur lequel Pellegrino a choisi de se battre, en misant sur des preuves comptables et des dépôts documentés.

Le sort de ce litige dira jusqu’où une faillite peut remonter le fil des transactions pour reconstituer un patrimoine. Les créanciers de FTX, eux, guettent chaque dollar récupéré, car c’est de ce lent travail d’inventaire que dépendra le montant final de leur indemnisation.

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