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Le prêteur de cryptomonnaies Celsius Network vient de franchir une étape décisive vers sa sortie de faillite. Fondée en 2017, la plateforme promettait des rendements élevés à ceux qui lui confiaient leurs cryptoactifs, avant de suspendre les retraits puis de se placer sous la protection du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites en juillet 2022. Le 25 mai 2023, au terme d’un long processus d’enchères supervisé par un tribunal, elle a désigné le consortium Fahrenheit comme repreneur de ses actifs.
Cette désignation ouvre la voie à la création d’une nouvelle société, détenue par les créanciers de Celsius, chargée de leur redistribuer une partie de ce qui peut encore l’être. Le trou dans les comptes de la plateforme avait été estimé à près de 1,2 milliard de dollars peu après le dépôt de bilan, et des centaines de milliers de clients attendent depuis de récupérer leurs fonds. Comment un groupe d’investisseurs peut-il espérer relancer une entreprise dont le bilan a été à ce point dévasté ?
Un consortium mené par Arrington Capital et US Bitcoin Corp
Fahrenheit n’est pas une société unique mais un attelage d’acteurs venus de la finance et du minage. Le groupe rassemble la société de capital-risque Arrington Capital, le mineur US Bitcoin Corp, le Proof Group, ainsi que les investisseurs Steven Kokinos et Ravi Kaza. Ensemble, ils s’engagent à fournir le capital, l’équipe dirigeante et la technologie nécessaires pour bâtir une entreprise publique et conforme à la réglementation.
Le choix de cet attelage n’a rien d’anodin. En misant sur un mineur industriel comme US Bitcoin Corp, le plan de reprise parie que la production de bitcoins financera une partie du remboursement des créanciers. La nouvelle société hériterait ainsi d’une activité tangible, là où Celsius reposait surtout sur des promesses de rendement devenues intenables quand le gel des retraits de ses clients a précipité sa chute.
Les actifs que le repreneur va récupérer
Le périmètre de la reprise a été détaillé dans les documents déposés au tribunal. Fahrenheit ne rachète pas une coquille vide, mais met la main sur l’essentiel des actifs productifs de Celsius, répartis en plusieurs catégories.
- le portefeuille de prêts institutionnels de la plateforme, principal levier de revenus ;
- les cryptomonnaies immobilisées par le mécanisme de staking ;
- la filiale de minage de bitcoins et ses installations ;
- divers investissements alternatifs liés à l’écosystème crypto.
À ces actifs s’ajoute une injection de liquidités. La nouvelle entité doit recevoir entre 450 et 500 millions de dollars en cryptomonnaies liquides. Pour verrouiller l’accord, Fahrenheit devait par ailleurs déposer 10 millions de dollars sous trois jours, tandis qu’US Bitcoin Corp s’est engagé à bâtir une centrale de minage de 100 MW.
Ce que la vente change pour les clients
Pour les responsables de Celsius, l’intérêt du montage tient moins au nom du repreneur qu’à ses effets concrets pour les déposants. La mise en concurrence des candidats aurait permis d’arracher des économies substantielles sur les frais de gestion et d’augmenter la part des cryptomonnaies liquides rendues aux clients.
Nous sommes très satisfaits que notre processus d’enchères concurrentiel ait produit un résultat positif pour les clients, avec au premier rang des centaines de millions de dollars d’économies sur les frais de gestion et des distributions accrues de cryptomonnaies liquides.
David Barse et Alan Carr, membres du comité spécial du conseil d’administration de Celsius, dans un communiqué du 25 mai 2023
Reste que ces promesses demeurent suspendues à la suite de la procédure. Les deux dirigeants ont eux-mêmes présenté l’accord comme offrant d’excellentes options pour sortir du chapitre 11, une formulation prudente qui rappelle que rien n’est encore acté à ce stade.
NovaWulf écarté, une offre de secours en réserve
Fahrenheit n’était pas le seul sur les rangs. En février 2023, c’est la société d’investissement NovaWulf qui avait été désignée comme repreneur pressenti des actifs de Celsius, avant de perdre la course au fil des enchères. Ce revirement illustre la volatilité d’un processus où plusieurs mois de négociations peuvent être balayés en une nuit.
Pour parer à toute défaillance, un plan de secours a été verrouillé. Le Blockchain Recovery Investment Consortium, qui réunit notamment Van Eck Absolute Return Advisers et GXD Labs, a été retenu comme offre de repli activable si nécessaire. Dans ce scénario, il mettrait sur pied une société de minage cotée dont les créanciers de Celsius détiendraient la totalité du capital.
Le feu vert réglementaire, dernier obstacle
L’accord accepté par Celsius et son comité de créanciers ne suffit pas à lui seul. Il doit encore obtenir l’aval du tribunal des faillites du district sud de New York, puis franchir le filtre des régulateurs américains avant de devenir définitif.
Cette étape n’a rien d’une formalité. Le juge Martin Glenn avait prévenu des mois plus tôt que des obstacles réglementaires pouvaient contrarier la vente, comme cela s’était déjà produit ailleurs. En avril 2023, Binance.US avait brutalement renoncé au rachat des actifs du prêteur Voyager, évalués à un milliard de dollars, en invoquant un climat jugé hostile aux cryptomonnaies.
Ce précédent pèse sur le dossier Celsius. Il rappelle que la reprise d’une plateforme effondrée se joue autant devant les tribunaux que sur les marchés, à l’image des efforts menés ailleurs pour récupérer des milliards de dollars d’actifs dispersés.
L’ombre de Mashinsky et l’attente des créanciers
Au-dessus de la restructuration plane encore la figure de l’ancien patron. Alex Mashinsky, cofondateur de Celsius, a été visé par la justice new-yorkaise pour avoir, selon l’accusation, trompé les investisseurs de la plateforme. Les créanciers cherchent aussi à récupérer plusieurs millions de dollars auprès de lui par la voie judiciaire.
Pour les centaines de milliers de comptes restés bloqués depuis l’été 2022, la désignation de Fahrenheit n’est qu’un jalon. Les prochaines semaines verront le dépôt de documents décisifs et de nouvelles audiences, dont dépendra le calendrier réel des versements. La véritable inconnue n’est plus de savoir qui reprend Celsius, mais combien ses anciens clients reverront un jour, et à quelle échéance.

