Genesis : sa maison mère DCG manque un remboursement de 630 millions de dollars

La plateforme Gemini affirme que Digital Currency Group, maison mère du prêteur en faillite Genesis, n'a pas honoré un paiement de 630 millions de dollars. Un défaut qui envenime la bataille autour des fonds bloqués de 232 000 épargnants.

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La faillite du prêteur de cryptomonnaies Genesis Global Capital continue de faire des vagues bien au-delà de ses seuls comptes. Filiale du conglomérat Digital Currency Group (DCG), Genesis avait suspendu les retraits en novembre 2022 avant de se placer sous la protection du chapitre 11 début 2023, laissant des centaines de milliers d’épargnants dans l’incertitude. Le 22 mai 2023, la plateforme Gemini a révélé que DCG avait manqué un paiement de 630 millions de dollars dû à Genesis.

Ce défaut ne tombe pas dans un ciel serein. Il s’inscrit dans un bras de fer de plusieurs mois entre Gemini, qui réclame la restitution de fonds pour ses clients, et DCG, accusé de traîner des pieds. Derrière ces montants vertigineux se trouvent surtout 232 000 utilisateurs du programme Earn privés d’accès à leurs actifs. Comment un simple échéancier de remboursement a-t-il pu virer à la guerre de tranchées ?

Un paiement de 630 millions de dollars resté en souffrance

Le versement manqué était attendu la semaine du 9 mai. Plutôt que de constater aussitôt un défaut, Gemini a indiqué travailler avec Genesis, DCG et les autres créanciers pour accorder à la maison mère une forme de tolérance temporaire destinée à éviter le défaut pur et simple. Cette décision, précisait la plateforme, dépendrait de la bonne foi affichée par DCG dans les négociations à venir.

Du côté de DCG, le discours se veut rassurant. Un porte-parole a affirmé que le groupe restait engagé auprès des différentes parties prenantes de la restructuration, dans le cadre d’une période de médiation de 30 jours ouverte le 1er mai. Reste que les déclarations ne remplacent pas les versements, et que le calendrier se resserre semaine après semaine.

Aux racines du litige entre Gemini et DCG

Pour saisir l’ampleur du conflit, il faut remonter le fil des événements de l’automne 2022. La chute de plusieurs acteurs a fait dérailler un édifice qui reposait sur des prêts croisés entre sociétés étroitement liées.

  • en novembre 2022, Genesis a gelé les retraits après avoir vu près de 175 millions de dollars bloqués sur FTX ;
  • Gemini a suspendu dans la foulée son produit Earn, qui promettait jusqu’à 8 % de rendement ;
  • DCG portait déjà une reconnaissance de dette de 1,1 milliard de dollars liée à la défaillance du fonds Three Arrows Capital ;
  • en janvier 2023, le gendarme boursier américain a accusé les deux entreprises d’avoir vendu des titres non enregistrés.

Cet enchaînement a transformé un produit d’épargne présenté comme sûr en piège pour ses souscripteurs. Gemini avait suspendu Earn une semaine seulement après l’effondrement de FTX à l’automne 2022, illustration de la contagion foudroyante entre plateformes interconnectées.

Un affrontement personnel entre Winklevoss et Silbert

Le conflit a pris un tour personnel dès le début de l’année. Cameron Winklevoss, cofondateur de Gemini, a publiquement reproché au patron de DCG, Barry Silbert, de recourir à des tactiques dilatoires de mauvaise foi. Dans une lettre ouverte cinglante, il l’accusait d’avoir détourné l’argent des créanciers à son profit.

Vous avez pris cet argent, l’argent d’enseignants, pour alimenter des rachats d’actions cupides, des placements en capital-risque illiquides et des paris kamikazes sur la valeur de Grayscale qui ont gonflé les actifs sous gestion générateurs de commissions de votre Trust, au détriment des créanciers et pour votre seul profit personnel.

Cameron Winklevoss, cofondateur de Gemini, dans une lettre ouverte adressée à Barry Silbert, le 2 janvier 2023

Barry Silbert a contesté ces accusations, assurant que DCG n’avait jamais manqué un paiement d’intérêts à Genesis et n’avait pas emprunté les 1,675 milliard de dollars que lui prêtait son adversaire. Dans une note aux actionnaires de novembre 2022, il reconnaissait néanmoins une dette d’environ 575 millions de dollars envers Genesis, exigible dès ce mois de mai. Ce désaccord de fond sur qui doit réellement quoi à qui empoisonne depuis lors chaque tentative de règlement.

La bataille de la Gemini Master Claim

Face à l’enlisement, Gemini a choisi l’offensive judiciaire. La plateforme a préparé une réclamation baptisée Gemini Master Claim, qui vise la restitution de plus de 1,1 milliard de dollars d’actifs numériques détenus par Genesis. Elle concerne les quelque 232 000 utilisateurs de Earn qui disposaient de prêts actifs au 19 janvier 2023, soit l’essentiel des clients privés d’accès à leurs fonds depuis l’automne précédent.

Le montant dépasse de loin le seul paiement manqué. Il rappelle que la créance de Gemini s’inscrit dans un passif bien plus lourd. Selon un dossier judiciaire de janvier, Genesis devait plus de 3,5 milliards de dollars à ses cinquante principaux créanciers, parmi lesquels Cumberland, Mirana ou encore un fonds de la maison VanEck.

Une médiation sous contrainte de délais

Toutes les parties ne misent pas sur l’affrontement. Un plan de sortie négocié reste sur la table, et Gemini a prévenu qu’en l’absence d’accord, elle défendrait avec d’autres créanciers un plan de réorganisation amendé se passant de l’aval de DCG.

Le tribunal des faillites du district sud de New York fixe le tempo. Les avocats de Genesis ont réclamé un délai supplémentaire pour déposer leur plan, ce qui repousserait l’échéance au 27 août, puis au 26 octobre pour l’acceptation de Gemini. À ce bras de fer s’ajoutent les poursuites de la SEC visant leur produit Earn, qui compliquent encore l’équation juridique.

Ce que 232 000 épargnants attendent encore

Au bout de la chaîne se trouvent des dizaines de milliers de particuliers. Beaucoup avaient confié leurs économies à un produit vanté comme une épargne rémunérée sans risque apparent, avant de découvrir qu’il reposait sur un empilement de prêts entre sociétés liées.

Le paiement manqué de mai n’est donc qu’un épisode de plus dans une saga qui se joue autant dans les prétoires que sur les marchés. La véritable inconnue n’est pas de savoir si DCG finira par payer, mais combien les clients de Earn récupéreront réellement, et au terme de combien de mois de procédure.

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