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Pendant des années, la Securities and Exchange Commission a repoussé les demandes de fonds indexés sur le bitcoin, en invoquant la volatilité et les risques de manipulation du marché. L’approbation d’un produit signé Volt Equity, une société basée à San Francisco, a donc marqué un premier assouplissement très observé du régulateur américain. Un fonds négocié en bourse, ou ETF, est un véhicule d’investissement qui se négocie comme une action tout en répliquant la performance d’un actif ou d’un panier sous-jacent.
Ce feu vert s’inscrit dans une bataille plus large, celle de la première porte d’entrée réglementée vers le bitcoin pour les investisseurs particuliers américains. Plusieurs candidats attendaient alors une décision et le calendrier se resserrait. Reste une question qui intrigue le marché : qu’a réellement autorisé la SEC, et pourquoi une exposition indirecte au bitcoin suffit-elle à débloquer un dossier resté si longtemps à l’arrêt ?
Un feu vert obtenu sans détenir de bitcoin en direct
Le fonds, baptisé Volt Bitcoin Revolution ETF, ne cherche pas à suivre le cours du bitcoin. Il vise plutôt à exposer les particuliers à la cryptomonnaie en réunissant des entreprises qui détiennent l’essentiel de leurs actifs nets en bitcoin. Ces sociétés représenteraient environ 80 % du portefeuille, le reste étant constitué de firmes tirant leurs revenus d’activités liées au jeton.
Le portefeuille intègre ainsi des acteurs du minage, du prêt, des transactions ou de la fabrication d’équipements. Tad Park, PDG de Volt Equity, désigne ces entreprises comme les sociétés de la révolution bitcoin et prévoyait d’ajouter MicroStrategy et Marathon Digital Holdings à ce fonds géré activement.
La mécanique diffère nettement d’un ETF adossé directement au bitcoin, qui monterait et descendrait au rythme du cours. Selon son dirigeant, cette construction devait isoler en partie le fonds de la volatilité inhérente au bitcoin, un argument décisif pour convaincre le régulateur.
Les entreprises visées par le fonds
Volt Equity a précisé le contour de son panier au moment du lancement. Le fonds devait réunir une trentaine de sociétés cotées, sélectionnées pour leur lien direct avec l’économie du bitcoin, et se négocier sous le symbole BTCR à la Bourse de New York.
- Tesla et Square, deux entreprises ayant inscrit du bitcoin à leur bilan ;
- PayPal et Coinbase, en première ligne sur les paiements et l’échange de cryptomonnaies ;
- des mineurs comme Marathon Digital Holdings, dont l’activité dépend directement du réseau ;
- MicroStrategy, devenue le symbole des entreprises qui accumulent du bitcoin.
Ce choix illustrait une conviction forte : plutôt que de spéculer sur un jeton, l’investisseur misait sur des acteurs dont la santé financière épouse en partie celle du bitcoin. On retrouve cette logique dans les trésoreries d’entreprise adossées au bitcoin, où la valorisation boursière suit l’exposition au jeton.
Pourquoi la SEC a fini par dire oui
L’approbation, datée du 5 octobre, tenait à un point juridique décisif : le fonds n’achète pas de bitcoin. Cette stratégie d’exposition indirecte était la condition pour obtenir l’aval du régulateur, qui avait jusque-là reporté les projets d’ETF adossés au jeton par crainte de la volatilité et de la manipulation des prix.
En août, le président de la SEC, Gary Gensler, avait laissé entendre que l’agence approuverait plus volontiers un ETF composé de contrats à terme sur bitcoin. Le patron de Grayscale, Michael Sonnenshein, avait comparé cette préférence au fait de « favoriser un enfant plutôt qu’un autre ».
Je crois fermement au bitcoin et le lancement d’un fonds capable de tirer parti de la prochaine révolution du bitcoin m’enthousiasmait : nous pouvons nous exposer au bitcoin sans détenir la pièce, notamment via des positions d’options.
Tad Park, PDG de Volt Equity, entretien d’octobre 2021
L’échéance VanEck en ligne de mire
Ce feu vert intervenait un mois avant une date clé, la limite de novembre fixée pour statuer sur le VanEck Bitcoin Trust, l’un des tout premiers projets d’ETF bitcoin déposés aux États-Unis. La SEC ne pouvant reporter son jugement que trois fois, le 14 novembre devait apporter une réponse définitive sur ce dossier emblématique.
Pour l’heure, le fonds de Volt Equity restait ce que les Américains avaient de plus proche d’un ETF bitcoin, et son approbation nourrissait l’espoir d’un produit adossé directement au jeton. Des acteurs comme Grayscale patientaient encore, tandis que son dialogue avec les émetteurs d’ETF allait se prolonger bien au-delà de 2021.
Le marché du bitcoin en toile de fond
Au-delà du dossier réglementaire, le bitcoin butait alors sur une résistance technique surveillée de près. Après avoir testé le seuil des 55 000 $ début octobre, le cours peinait à le franchir, et les analystes voyaient dans ce niveau la clé de la poursuite de la tendance haussière. En cas de repli, un premier soutien se dessinait autour de 52 510 $, avant la zone psychologique des 50 000 $.
Les moyennes mobiles à 50 et 200 jours restaient orientées à la hausse, mais l’indice de force relative, proche de 69 sur les graphiques quotidiens, s’approchait de la zone de surachat. Au moment de la publication de l’article d’origine, le bitcoin s’échangeait autour de 55 235 $, en hausse de 2,73 % sur la journée.
Ce que l’arrivée du BTCR laisse entrevoir
L’autorisation d’un premier fonds bâti autour du bitcoin, même par la bande, en disait long sur la lente institutionnalisation de la cryptomonnaie. En ouvrant la porte à une exposition encadrée, la SEC déplaçait le curseur : le débat ne portait plus sur le principe mais sur la forme.
La distinction entre exposition directe et indirecte demeure un fil rouge de cette histoire, que l’on retrouve jusque dans la course des institutions au bitcoin. L’enjeu qui se dessine tient à ce que les régulateurs concèdent et à ce que les investisseurs acceptent comme substitut à la détention réelle du jeton.

