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Le 14 novembre 2021, le réseau Bitcoin a franchi une étape que ses développeurs préparaient depuis des années. À la hauteur de bloc 709 632, la mise à niveau baptisée Taproot est officiellement entrée en service sur le réseau principal. C’était la première évolution majeure du protocole depuis l’adoption de Segregated Witness (SegWit) en 2017.
Derrière ce nom, Taproot désigne un ensemble de règles qui changent la manière dont Bitcoin enregistre et valide les transactions. Cette mise à niveau rend les transactions plus compactes, plus discrètes et moins coûteuses, en s’appuyant sur un nouveau schéma de signature cryptographique. Une question se pose pourtant au lendemain de l’activation : qu’est-ce que Taproot change réellement pour les utilisateurs et pour l’avenir du réseau ?
Ce que l’activation apporte au réseau Bitcoin
L’activation s’est produite à 5 h 15 UTC, lorsque les mineurs ont validé le bloc 709 632. Ce moment très attendu marquait l’aboutissement de plusieurs années de travail collectif mené par les contributeurs de Bitcoin Core. Le précédent changement de cette ampleur, SegWit, remontait à près de quatre ans.
Taproot repose sur deux briques principales : les signatures Schnorr et une réorganisation de la façon dont les scripts sont écrits. Ensemble, elles permettent une agrégation de clés et de signatures qui compresse plusieurs autorisations en une seule empreinte. Une transaction à signatures multiples devient ainsi indiscernable d’une transaction ordinaire, ce qui renforce mécaniquement la confidentialité.
Les signatures Schnorr au cœur de la mise à niveau
Le remplacement du schéma ECDSA historique par les signatures Schnorr constitue le socle technique de toute la mise à niveau. La documentation du code source de Bitcoin met en avant trois propriétés qui justifient ce choix et que résument les points suivants :
- une sécurité démontrable : les signatures Schnorr résistent formellement à la falsification sous attaque à message choisi ;
- une non-malléabilité stricte : une signature ne peut plus être altérée après coup, là où l’ECDSA restait intrinsèquement malléable ;
- une propriété de linéarité : plusieurs signataires peuvent produire ensemble une signature unique valable pour la somme de leurs clés publiques.
Cette linéarité est présentée par les développeurs comme la pierre angulaire des constructions multi-signatures plus efficaces. Elle ouvre la voie à des portefeuilles partagés et à des schémas de garde collective bien plus légers qu’auparavant.
La combinaison de Schnorr avec l’arbre de scripts MAST donne naissance à un nouveau langage appelé Tapscript, dont la logique rend visibles uniquement les conditions réellement utilisées lors d’une dépense.
Des scripts plus discrets et moins lourds
Avec MAST, un contrat qui prévoit plusieurs conditions de dépense n’expose au réseau que la branche effectivement exécutée. Les autres possibilités restent invisibles et ne pèsent pas sur la chaîne, ce qui réduit la taille des données inscrites et améliore la protection de la vie privée. Tapscript lève au passage le plafond de 10 Ko qui bornait jusque-là la taille des scripts, ouvrant la porte à des contrats nettement plus élaborés.
Cette économie d’espace a un effet direct sur les frais. Une transaction Taproot plus légère coûte moins cher à confirmer, un argument loin d’être anecdotique quand le réseau traite plusieurs centaines de milliers de transactions chaque jour. Ces gains s’inscrivent dans la même logique d’efficacité qu’une combinaison déjà explorée avec le réseau Lightning.
Un processus d’activation long et sans heurt
Le chemin jusqu’à l’activation a été prudent. La mise à niveau avait été verrouillée dès juin 2021, après qu’une méthode appelée Speedy Trial a permis de mesurer le soutien des mineurs : plus de 90 % d’entre eux ont signalé leur accord sur une fenêtre de 2016 blocs. Un délai programmé a ensuite laissé aux opérateurs de nœuds le temps de basculer vers Bitcoin Core 21.1, la version contenant le code de Taproot.
Ce déroulé, décrit comme lent et non conflictuel, a été salué par les principaux artisans du protocole. Le développeur Pieter Wuille, l’un des contributeurs historiques, a résumé le sentiment général au moment de la bascule.
Enfin, BIP341 et BIP342, autrement dit Taproot, sont actifs sur le réseau principal de Bitcoin. Le vrai travail consistera maintenant à construire des portefeuilles et des protocoles qui en tirent parti.
Pieter Wuille, développeur de Bitcoin Core, sur X le 14 novembre 2021
Premières dépenses de script repérées sur la chaîne
Quelques minutes après l’activation, des dépenses de script Taproot ont été observées directement sur la blockchain. L’une des toutes premières utilisait l’opcode inédit OP_CHECKSIGADD dans un montage multi-signatures, une nouveauté rendue possible par Tapscript. Des outils d’analyse de la chaîne, comme Open Exploration Tool, ont commencé à comptabiliser ces usages en temps réel.
Un utilisateur a même surpayé environ 520 fois le tarif habituel pour inscrire l’une des premières transactions du bloc, accompagnée d’un court message de bienvenue. Cet épisode symbolique montre l’enthousiasme d’une communauté qui attendait cette bascule, dont on retrouve le détail dans l’accueil réservé par les développeurs.
Le rythme d’adoption est resté progressif dans les semaines qui ont suivi, chaque service intégrant Taproot à son calendrier propre. Cette montée en charge lente était attendue : une mise à niveau de consensus ne se traduit jamais par un basculement instantané des usages, mais par une diffusion étalée à mesure que le logiciel se répand.
Ce que Taproot prépare pour les prochaines années
Les bénéfices de Taproot ne se matérialisent pas d’un coup. Ils se diffusent au rythme où les portefeuilles, les plateformes et les services intègrent le nouveau format, un processus qui s’étale sur plusieurs mois voire plusieurs années. Les fédérations de signataires à grande échelle, longtemps limitées à une quinzaine de participants, deviennent envisageables sur des ensembles bien plus larges.
La mise à niveau a surtout servi de répétition générale. Elle a validé une recette d’évolution du protocole que les développeurs réutilisent depuis pour explorer les évolutions plus récentes du langage de script. Ce qui se jouait le 14 novembre 2021 dépassait donc la seule performance technique : c’était la démonstration qu’un réseau sans autorité centrale pouvait se transformer en profondeur sans se fracturer.

