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Le 13 mars 2023, au terme d’une nuit de négociations, HSBC a annoncé le rachat de la filiale britannique de Silicon Valley Bank pour une livre sterling. L’opération est passée par HSBC UK Bank, la structure cantonnée du groupe qui porte les activités de détail et d’entreprise au Royaume-Uni. Elle a pris effet immédiatement et a été financée sur les ressources existantes de la banque.
Silicon Valley Bank UK avait ouvert ses portes outre-Manche en 2004 et s’était spécialisée dans le financement des sociétés de technologie et de sciences du vivant. Sa maison mère américaine venait d’être fermée par le régulateur californien après une panique bancaire d’une rapidité inédite, laissant des centaines de jeunes entreprises britanniques sans accès à leur trésorerie. Le sauvetage a évité une cascade de défaillances dans un tissu économique fragile.
La séquence a touché de plein fouet le secteur des cryptomonnaies, dont plusieurs partenaires bancaires ont disparu en moins d’une semaine. Que reste-t-il aux acteurs du marché pour accéder au système bancaire traditionnel ?
Un rachat conclu pour une livre symbolique
Les chiffres publiés par HSBC donnent la mesure de ce que le groupe a récupéré. Au 10 mars 2023, la filiale britannique portait environ 5,5 milliards de livres de prêts et 6,7 milliards de livres de dépôts. Pour l’exercice clos au 31 décembre 2022, elle avait dégagé un bénéfice avant impôts de 88 millions de livres.
Les capitaux propres tangibles de l’entité sont estimés à environ 1,4 milliard de livres par l’acquéreur, qui a précisé que le calcul définitif du gain comptable résultant de l’opération serait communiqué ultérieurement. Les actifs et passifs des sociétés mères de la filiale sont expressément exclus du périmètre : seule l’entité britannique change de main, sans reprise du passif américain.
Le groupe acheteur n’est pas un intervenant de circonstance. HSBC déclarait un total de bilan de 2 967 milliards de dollars fin 2022 et sa filiale britannique sert plus de 14 millions de clients avec 18 500 collaborateurs. La banque fera le point sur l’acquisition lors de la publication de ses résultats trimestriels, début mai.
Ce que l’opération change pour les déposants
La Banque d’Angleterre a confirmé, une fois l’accord scellé, que l’ensemble des dépôts placés auprès de la filiale étaient protégés. Le point est loin d’être anecdotique : la garantie britannique des dépôts plafonne à 85 000 livres par déposant, un montant sans commune mesure avec la trésorerie qu’une société technologique laisse sur son compte courant. Des centaines d’entreprises auraient été insolvables dès le lundi matin sans reprise de l’entité.
Le directeur général du groupe acquéreur a insisté sur la continuité de service offerte aux clients, dans le communiqué diffusé le jour de l’annonce.
Les clients de SVB UK peuvent continuer à effectuer leurs opérations bancaires comme d’habitude, en sachant que leurs dépôts sont adossés à la solidité de HSBC, à sa sûreté et à sa sécurité.
Noel Quinn, directeur général du groupe HSBC, communiqué de la banque du 13 mars 2023 annonçant l’acquisition de Silicon Valley Bank UK
L’argument stratégique avancé par l’acquéreur est celui du renforcement de sa banque d’entreprise auprès des sociétés innovantes et à croissance rapide. Le portefeuille de clients technologiques repris ici aurait demandé des années à constituer en interne, ce qui explique l’intérêt d’un établissement pourtant réputé prudent.
Les circuits bancaires du secteur crypto se referment
La disparition de Silicon Valley Bank s’inscrit dans une série qui a privé les entreprises de cryptoactifs de leurs principaux points d’entrée vers le dollar. Trois établissements ont cessé leur activité en cinq jours, chacun pour des raisons propres mais avec le même effet pratique.
- Silvergate, dont la solvabilité était déjà mise en cause début mars, a annoncé sa liquidation volontaire le 8 mars 2023 ;
- Silicon Valley Bank a été fermée par le régulateur californien le 10 mars, après une fuite de dépôts d’une ampleur inédite ;
- Signature Bank a été fermée par les autorités de l’État de New York le 12 mars, alors qu’elle servait de passerelle à plusieurs émetteurs de stablecoins ;
- Les enquêteurs fédéraux se sont saisis du dossier dans la foulée, comme le rapportait notre article sur les procédures ouvertes contre les dirigeants de SVB.
Le point commun de ces trois banques tenait à leur clientèle. Toutes trois avaient accepté d’ouvrir des comptes à des acteurs que les grands réseaux refusaient, et toutes trois se retrouvaient exposées à des dépôts très concentrés et très volatils. Un modèle de banque de niche a disparu en une semaine, sans qu’aucun repreneur ne se présente pour le reconstituer.
L’onde de choc sur l’USDC
Le principal dégât collatéral s’est produit sur le deuxième stablecoin du marché. Circle avait placé 3,3 milliards de dollars de ses réserves auprès de Silicon Valley Bank, soit une fraction minoritaire mais suffisante pour semer le doute sur la couverture intégrale du jeton. Le marché a réagi en quelques heures, sans attendre la moindre confirmation comptable.
L’USDC a perdu son ancrage au dollar dans la nuit du 10 au 11 mars et est tombé jusqu’à 0,93 dollar, entraînant dans son sillage les protocoles décentralisés qui l’utilisent comme actif de référence. L’émetteur a fait savoir dès le 13 mars que les fonds concernés seraient intégralement disponibles à la réouverture des marchés, ce qui a permis au jeton de retrouver sa parité. L’épisode a duré moins de soixante-douze heures mais a laissé une trace durable.
Le rappel du précédent TerraUSD, en mai 2022, ne rend pas justice à la différence de nature entre les deux incidents. Le stablecoin de Terraform Labs s’était effondré parce que son mécanisme d’arbitrage ne reposait sur aucune réserve, quand celui de Circle a décroché parce que ses réserves étaient bien réelles mais temporairement immobilisées. La distinction entre risque de conception et risque de contrepartie est apparue plus clairement à cette occasion.
Un marché qui rebondit sur la défiance bancaire
La réaction des cours a suivi une trajectoire en deux temps. Le bitcoin est repassé sous les 20 000 dollars le 10 mars, dans le mouvement de panique généralisée, avant de franchir la barre des 24 000 dollars dans les jours qui ont suivi l’annonce du dispositif de soutien mis en place par les autorités fédérales américaines. Le rebond a dépassé 20 % en moins d’une semaine.
Cette hausse s’est produite alors que les valeurs bancaires régionales américaines subissaient des ventes massives. La lecture qu’en font les investisseurs revient à traiter les cryptoactifs comme une couverture contre le risque bancaire, au même titre que l’or, argument que le secteur avance depuis 2009 sans l’avoir souvent vu se vérifier aussi nettement. La démonstration reste fragile tant que l’accès au dollar passe par ces mêmes banques.
Ce que la séquence laisse en suspens
Une entreprise de cryptoactifs a besoin d’un compte bancaire pour payer ses salaires, encaisser ses commissions et convertir les avoirs de ses clients. La semaine du 10 mars a montré que cette dépendance constitue le vrai point de fragilité du secteur, bien avant les questions de code ou de gouvernance de protocole.
Le rachat de la filiale britannique par un établissement systémique referme un dossier sans répondre à la question de fond. Reste à savoir quel type d’institution acceptera demain de servir des clients dont les dépôts peuvent s’évaporer en quarante-huit heures, et à quel prix cette prise de risque se facturera. La réponse déterminera qui pourra continuer d’opérer depuis Londres ou New York, et qui devra chercher ailleurs.

