Stellar et son jeton XLM : le réseau qui vise les paiements internationaux à bas coût

Lancé en 2014 par un ancien de Ripple, Stellar veut relier les monnaies nationales sans les remplacer. Consensus fédéré, ancres, paiements par chemin, contrats Soroban : voici comment fonctionne le réseau et à quoi sert vraiment le lumen.

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Envoyer de l’argent à l’autre bout du monde coûte encore plus de 6 % du montant pour un transfert de 200 dollars, selon la Banque mondiale, et prend plusieurs jours. Stellar existe pour attaquer ce constat de front. Ce réseau ouvert, lancé en 2014, se définit comme une infrastructure de paiement distribuée qui connecte les monnaies nationales entre elles plutôt que de les remplacer.

Le jeton natif, le lumen ou XLM, sert de carburant aux transactions et de monnaie-pont entre deux devises qui ne s’échangent pas directement. Dix ans après son lancement, Stellar traite des volumes réels pour MoneyGram, Franklin Templeton ou les Nations unies, tout en restant loin derrière Ethereum ou Solana en notoriété. Comment fonctionne-t-il, et à quoi sert vraiment son jeton ?

Un réseau né d’une rupture avec Ripple

L’histoire de Stellar est indissociable de celle de son fondateur, Jed McCaleb. Ce développeur crée en 2010 la plateforme Mt. Gox, qu’il revend l’année suivante, bien avant le piratage de 2014 qui la fera disparaître. Il cofonde ensuite Ripple en 2012, avant de quitter l’entreprise fin 2013 sur un désaccord de fond.

Le point de friction porte sur la cible. Ripple vise les banques et les grandes institutions ; McCaleb veut un réseau ouvert à tous, gouverné par une organisation à but non lucratif. Il lance Stellar en juillet 2014 avec l’avocate Joyce Kim et crée la Stellar Development Foundation, basée à San Francisco. Ripple a poursuivi sa trajectoire institutionnelle, jusqu’à voir un géant financier japonais rejoindre ses validateurs en 2024.

Le code de départ est un fork de celui de Ripple, dont Stellar s’émancipe dès 2015 en adoptant son propre consensus. Cette réécriture marque la véritable naissance du réseau. McCaleb a quitté la fondation en 2021 et achevé la vente de ses lumens en juillet 2022.

Un consensus fédéré plutôt qu’un minage

Stellar ne repose ni sur la preuve de travail ni sur la preuve d’enjeu. Il utilise le Stellar Consensus Protocol, une variante d’accord byzantin fédéré publiée en 2015 par David Mazières, professeur à Stanford devenu chef scientifique de la fondation. Chaque validateur choisit les nœuds auxquels il accorde sa confiance, et le consensus émerge du recoupement de ces cercles. Aucune course au calcul ni mise de jetons n’intervient.

Les conséquences pratiques sont directes. Un bloc se ferme en 3 à 5 secondes, la consommation énergétique reste négligeable au regard du minage, et les frais s’expriment en fractions infimes de jeton. La contrepartie tient à la nature de cette décentralisation : les validateurs se choisissant mutuellement, une concentration de la confiance autour de quelques nœuds reste possible, et la fondation en opère une partie.

Ancres, chemins de paiement et carnet d’ordres intégré

La mécanique du réseau tient en quatre briques qui se combinent. Les comprendre suffit à saisir pourquoi Stellar traite le change comme une opération native.

  • Les ancres, entreprises régulées qui reçoivent des euros ou des dollars et émettent en contrepartie un crédit équivalent sur le registre ;
  • Le carnet d’ordres intégré, où toutes les paires d’actifs émis se négocient directement sur le registre, sans plateforme externe ;
  • Les paiements par chemin, qui trouvent automatiquement la suite de conversions la moins chère entre deux devises ;
  • Le lumen, qui sert de monnaie-pont quand aucune paire directe n’existe entre la devise de départ et celle d’arrivée.

Un envoi d’euros vers des pesos transite ainsi par plusieurs conversions successives, sans que l’émetteur ni le destinataire s’en préoccupent. Le change devient une opération de règlement, bouclée en secondes et facturée en centimes, là où une chaîne de correspondants bancaires empile délais et commissions.

Le XLM, un jeton utilitaire à l’offre figée

Le lumen remplit trois fonctions. Il paie les frais, à hauteur de 0,00001 XLM par opération. Il constitue le solde minimal de tout compte, fixé à 1 XLM, une règle anti-spam contre les comptes vides. Il sert enfin de monnaie-pont dans les paiements par chemin. Aucun de ces usages ne suppose de détenir des lumens sur la durée.

L’offre a connu un tournant en novembre 2019. La fondation a détruit 55 milliards de lumens, plus de la moitié des 105 milliards existants, ramenant l’offre totale à 50 milliards. Le mécanisme d’inflation de 1 % par an avait été désactivé le mois précédent par les validateurs. L’offre est figée depuis : environ 30 milliards circulent, le solde restant détenu par la fondation.

Le cours, lui, raconte une autre histoire. Après un sommet proche de 0,90 dollar en janvier 2018, le XLM évolue à l’automne 2024 autour de 0,09 dollar. La croissance des usages n’a pas entraîné celle du cours, un décalage qui interroge sur la capacité d’un jeton purement utilitaire à capter la valeur qu’il aide à créer.

Soroban fait entrer les contrats intelligents

Stellar est longtemps resté un réseau de paiement sans capacité de programmation. Ce chaînon manquant a été comblé le 20 février 2024 par le déploiement de Soroban sur le réseau principal, via la mise à jour Protocol 20. Les contrats s’écrivent en Rust et s’exécutent en WebAssembly, un choix qui écarte volontairement la compatibilité avec Ethereum au profit d’outils déjà maîtrisés par les développeurs système.

La fondation a accompagné le lancement d’un fonds d’adoption de 100 millions de dollars, dont environ 15 % étaient déployés à l’issue de deux ans de test. Plus de 160 projets en ont bénéficié, du prêt à l’assurance. L’ambition affichée dépasse la finance décentralisée classique, comme l’expliquait la fondation au lancement.

Soroban ouvre la porte aux applications décentralisées pour se brancher facilement sur le marché financier mondial existant, sans compromis sur la vitesse ni sur l’extensibilité.

Tomer Weller, vice-président produit de la Stellar Development Foundation, communiqué de lancement de Soroban, 19 mars 2024

MoneyGram, Franklin Templeton et l’ONU : des usages réels

Le principal argument de Stellar tient dans ses déploiements concrets. MoneyGram a bâti sur le réseau sa conversion entre USDC et espèces, accessible dans plus de 170 pays : on envoie des dollars numériques, le destinataire retire des billets en agence. La fondation a investi dans l’entreprise et obtenu un siège à son conseil d’administration en 2023.

La finance traditionnelle a suivi. Franklin Templeton a lancé sur Stellar dès 2021 son fonds monétaire tokenisé FOBXX, premier fonds enregistré aux États-Unis dont les parts sont inscrites sur une blockchain publique. Ce pionnier s’est fait rattraper en 2024 par le produit de BlackRock, comme le montrait la course aux fonds monétaires tokenisés. Le registre de Stellar sert ici de teneur de compte.

L’humanitaire constitue le troisième pilier. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a utilisé le réseau pour la distribution d’aide aux déplacés ukrainiens, versée en USDC et retirable en espèces. Ces déploiements reposent sur le stablecoin de Circle, dont le déploiement multi-chaînes a fait de Stellar un point d’ancrage historique. Le réseau a traité 1,3 milliard de dollars de transactions au seul quatrième trimestre 2023, selon les chiffres de la fondation.

Ce que Stellar doit encore prouver

La position du réseau reste paradoxale. Il affiche des partenaires que beaucoup de protocoles mieux valorisés n’obtiendront jamais, mais sa capitalisation le maintient hors du peloton de tête, autour de 2,8 milliards de dollars à l’automne 2024. L’écart entre utilité démontrée et valorisation tient à la nature du projet : un jeton conçu pour être dépensé, pas conservé, offre peu de prise au récit de rareté qui porte le bitcoin.

La concurrence, elle, se durcit. Les stablecoins circulent sur des dizaines de réseaux, les banques testent leurs propres registres et les monnaies numériques de banque centrale avancent sur le terrain des paiements transfrontaliers. Ce qui se joue pour Stellar tient moins à la technologie qu’à un arbitrage d’infrastructure : les institutions choisiront-elles un registre ouvert, ou des rails qu’elles contrôlent de bout en bout ?

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